Quand les voyants se laissent piéger par leur ego et les fausses vérités.

Il y a quelques temps, un procès s’est tenu à Paris.
Parmi les personnes jugées pour avoir relayé de violentes rumeurs complotistes au sujet de Brigitte Macron, se trouvait… une médium.
Oui, une médium.
Quelqu’un censé être « connecté », « inspiré », « à l’écoute du vrai ».
Et pourtant, elle a cru – et diffusé – une théorie totalement fausse.
Cet épisode n’est pas isolé.
Depuis quelques années, sur les réseaux sociaux, on me rapporte régulièrement des voyants, des tarologues ou des praticiens de l’intuition qui partagent, avec assurance, des théories délirantes : sur la politique, la santé, les célébrités, la guerre, etc.
Comme s’ils savaient mieux que tout le monde.
Comme si leur intuition leur donnait un accès privilégié à la vérité cachée.
Sauf que non.
Quand le « je ressens » devient « je sais »
Ce glissement est dangereux, et il repose sur plusieurs biais cognitifs bien connus :
1. Le biais du savoir supérieur
« Je vois ce que les autres ne voient pas. » Ce biais flatte l’ego du praticien : il se sent « éveillé », plus lucide, plus conscient que les « moutons endormis ». C’est grisant… mais c’est un piège. Plus on croit être clairvoyant, plus on devient aveugle à ses propres projections.
2. Le biais de confirmation
On ne voit que ce qui confirme ce qu’on pense déjà. Les intuitions ne sont plus prises pour ce qu’elle sont : elles ne servent plus qu’à prouver une opinion préexistante. Le voyant n’écoute plus : il cherche des « signes » qui valident sa croyance.
3. L’illusion de cohérence
« Tout s’emboîte parfaitement, donc c’est vrai. »
Le mental adore les récits simples et ordonnés. Et les théories du complot séduisent par leurs récits simplificateurs : elles donnent du sens à la complexité du monde, elles expliquent tout… sauf la réalité.
4. Le biais émotionnel
Plus une idée choque ou émeut, plus on la retient. Certains voyants confondent « intensité émotionnelle » et « vibration spirituelle » Mais l’émotion n’est pas la vérité.
Le tort que cela cause à tous
Quand un voyant relaie une rumeur, une « vision » non vérifiée, une information manipulée, il fait trois dégâts à la fois :
- Il se décrédibilise personnellement : les consultants le voient comme un agitateur, pas comme un guide.
- Il affaiblit la réputation de toute la profession, déjà fragile face aux sceptiques.
- Il brouille la notion même d’intuition, en la confondant avec l’opinion, la peur ou la colère.
Et c’est d’autant plus dommage que l’intuition, la vraie, celle qui s’impose dans le calme et la justesse, peut révéler des fulgurances précieuses.
La responsabilité du praticien
Oui, il existe des intuitions authentiques. Oui, certaines personnes captent subtilement des vérités invisibles. Mais cela exige une chose essentielle : la conscience de soi.
Être voyant, c’est aussi savoir quand on ne voit pas.
C’est apprendre à reconnaître ses projections, ses humeurs, ses certitudes.
C’est comprendre que l’intuition ne s’impose pas dans la fureur ni dans le vacarme des réseaux sociaux, mais dans le silence intérieur.
Et surtout, c’est accepter que notre capacité intuitive ne permet pas de tout expliquer ni d’atteindre une vérité absolue.
Ce n’est qu’une vision possible, à confronter, à questionner, à ajuster.
En conclusion
L’intuition est un outil merveilleux, un instrument de vérité intérieure. Mais entre des mains non formées, non conscientes, elle peut devenir un instrument de confusion.
Alors à nous tous, praticiens, élèves, passionnés : restons vigilants, curieux, humbles.
Avant de dire « je sais », prenons le temps d’écouter, de douter, de vérifier.
C’est cela, être vraiment inspiré.










